extrait de "mémoire de jours " 

 

tome 1 (1947-1961)

  

Le jeudi, car c’est le jeudi qu’il n’y a pas classe, la plupart des enfants sont livrés à eux même. Du moins ceux qui ne vont pas au catéchisme, enseignement religieux destiné aux grands de neuf à douze ans qui se préparent à la communion solennelle. Les cours sont donnés dans un local annexe à la chapelle sainte Thérèse pour les garçons et au couvent de Gambetta pour les filles. Je ne sais rien pour les filles mais pour les garçons ce sont les abbés du petit séminaire de Belsito qui dispensent les cours. Ce sont d’ailleurs ces mêmes apprentis curés qui l’après-midi s’occupent des enfants du quartier organisant bénévolement une garderie ludique ou l’on pratique jeux et randonnées sans distinction d’âge et de culture. Une journée généralement bien remplie qui se termine par une séance de projection d’images fixes en noir et blanc d'aventures de Tintin.

projecteur fixe tintin et milou

C’est cinq francs l’entrée. Une somme symbolique infime pour certaines familles mais énorme pour la plupart d’entre nous. Les curés qui gèrent cette séance ferment les yeux sur la resquille massive des enfants du quartier. Il est vrai qu’ils ne peuvent pas tout faire puisque en plus d’actionner manuellement le projecteur de diapos ils lisent interprètent et commentent à haute voix les bulles et les dessins qui figent sur l’écran un aventureux personnage de bande dessinée qui à l’époque n’a pas encore marché sur la lune et encore moins voyagé au pays des picaros. De ces apprentis curés qui sesont succédés par équipes de deux dans les paroisses de la région pour enseigner la bonne parole et le goût de la marche à pied je n’en retiens qu’un seul : «  l’abbé Mirande ». Ce jeune abbé s’est trimballé sur le dos depuis la Burthe jusqu’à chez nous mon frère Patrick qui avait perdu sa chaussure. Un exploit qui avait bluffé les jeunes du quartier même si à cinq ans mon frère ne pesait pas plus lourd qu’un sac à dos.