1960 calendrier montage

 

extrait de Mémoire de jours Tome 1

(1947-1961)

 

Je change de classe sans problème. Je passe de la cinquième à la quatrième comme c’est prévu dans mon cursus relativement bon. Les classes se forment après l’appel du directeur qui égrène les affectations des uns et des autres. Nous sommes toute une bande du même quartier à cohabiter dans la même classe depuis la maternelle. Il n’y a aucune raison que ça change. Et pourtant ça change. Alain berger, René Boyer, Guy Busquets et Guy Casse sont séparés arbitrairement de leurs copains d’enfance pour venir renforcer et équilibrer une nouvelle classe formée avec des élèves venus du certificat d’études ou d’ailleurs. Ce sont des grands de quinze ans et plus qui ne sont pas passés par la cinquième et la sixième et à qui on donne une chance d’intégrer le collège. C’est nouveau. Une nouveauté qui fait des dégâts irrémédiables au sein d’un groupe d’amis aussi surpris qu’abasourdis. Comment s’est opérée la sélection ? Certains pensent que c’est notre physique qui a prévalu. Nous sommes les plus grands en taille et ne dépareillons pas de l’ensemble des élèves de la 4°B. Cet avantage ou désavantage nous fond dans la masse de ces grands de quinze à dix-sept ans. A bien regarder et avec le recul des années je me demande si le choix ne s’est pas fait alphabétiquement. Berger, Boyer Busquets, Casse se suivent depuis toujours dans la liste d’appel. C’est un critère aussi plausible que la toise. Peu importe la méthode du choix, ça ne change rien. Je dois m’adapter à une nouvelle donne. Une mauvaise donne quoi qu’il en soit. Même si la classe est plus faible le jeu ne vaut plus la chandelle. Je suis cassé moralement. Brisé. Déchiré. Une rupture douloureuse qui chamboule mes habitudes et influe fortement sur mon avenir scolaire et professionnel.