1954 calendrier 3

 

extrait de Mémoire de jours Tome 1

(1947-1961)

 

A part Alain Delpuech (second du classement du premier mois), tous les gamins venus de Marcel Sembat sont complètement largués. Il est vrai que le cours préparatoire nous a préparé à rien. Un rien appris de l’artiste peintre qui effectuait le remplacement du maître titulaire. Mon goût du dessin vient peut-être de lui. Va savoir Edouard ! Edouard ce n’est pas son nom. Son nom je l’ai oublié même si je me souviens parfaitement de sa classe. Une classe où le chant et le coloriage faisaient l’essentiel du programme. Pour la lecture on repassera. C’est ce que nous faisons en fond de classe que certains d’entre nous rejoignent en cours de mois pour cause de vendanges. Des vendanges qui ont besoin de main d’œuvre même si ce sont des petites mains. Ce n’est pas le cas de madame Delmas qui balance des tartes en veux-tu en voilà pour nous faire rattraper des leçons que nous n’avions jamais appris. Heureusement que j’assimile vite. Je ne parle pas des gifles mais de l’enseignement. Un enseignement interrompu quotidiennement par un cérémonial immuable : « la coupure lait ». Le lait de Mendes France. Une petite bouteille à consommer sur place. Une place dans l’estomac qu’il est inutile de faire tant il est vide en milieu d’après-midi. Je glougloute avec délice cette boisson naturellement énergétique imposée par le gouvernement pour pallier aux déficiences et carences alimentaires des enfants de l’après-guerre.