de Barcelone à Rome

extrait de "mémoire de jours

tome 1 (1947-1961)

 

 

 

 

Il n’y a pas de sas de décompression. Dés le lendemain de notre retour le quotidien nous happe dans sa routine de quartier. Un quartier qui n’a pas bougé alors que nous avons effectué un périple inoubliable d’enseignements et de plaisir. Un plaisir des yeux et du coeur que nous conservons au fond de nous et pour nous seulement. Nous ne le partageons avec personne puisque apparemment tout le monde s’en fout. Il n’y a que les préoccupations de l’immédiat qui intéressent nos copains. Nous fermons la parenthèse espagnole sans regret ni nostalgie pour attaquer avant la rentrée scolaire notre dernier mois de liberté et de jeux. Des jeux où pour l’instant nous ne sommes que spectateurs. Un spectacle inédit que nous suivons dans le bistrot du quartier, rare possesseur d’un poste de télé. C’est dans la salle enfumée du bar de « la caille ». que nous vibrons et nous enthousiasmons aux exploits des participants aux épreuves olympiques qui se déroulent à Rome. C’est un événement planétaire qui pour la première fois touche un immense public à travers sa retransmission télévisée. C’est cela le vrai événement, voir et découvrir des athlètes aussi incroyables qu’Ono et Shakhlin en gymnastique ou Cook le puncheur américain. Par la grâce de son petit écran fixé au fond de son arrière salle « La Caille » n’est plus un débit de boisson mais un palais des sports grouillant de passion et de bonhomie. A l’heure des retransmissions qui généralement ont lieu l’après-midi, grands et petits s’entassent  dans l’établissement pour vibrer aux exploits des athlètes. En cette fin d’été 1960 nous ne pensons, vivons et parlons que de cela. Rien ne pourrait me détourner de cet événement aussi grandiose qu’inoubliable. Les places, même si elles sont gratuites sont chères. Il faut être dans les premiers arrivants pour profiter d’une chaise. Ceux qui n’ont pas cette chance suivent les compétitions debout ou assis par terre pistant du coin de l’œil l’improbable départ d’un privilégié pour bondir sur son siège.