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J’ai rendu à ma fille «Annabel» que j’ai lu et chroniqué récemment. Comme tous ses autres livres elle y tient comme la prunelle de ses yeux. Des yeux que nous avons en commun (je n’évoque pas la couleur mais leur utilisation). Des yeux pour lire. Un point qui nous rapproche même si nos univers littéraires sont différents, voir même aux antipodes. Deux mondes éloignés qui se rapprochent par la magie d’un auteur ou d’un roman. C’est une question de goûts. Des goûts et des couleurs. Du noir, du vert, du rose ou du gris. Une bibliothèque reconstituée de stabilité. La stabilité sentimentalo-professionnelle de mes dernières décennies. Les aléas de la vie m’ont contraint à pas mal d’abandons. Heureusement d’ailleurs, car j’en descends régulièrement dans ma cave. Je les stocke, je les empile, je les range, je les mets où je peux mais je ne m’en débarrasse pas. Je ne les donne pas non plus. Je les prête à la rigueur. C’est très rare d’ailleurs. Une rareté certainement due aux cinq étages qui me séparent de ma cave. C’est là que se trouvent quelques trésors de littérature. Des pépites qui ne sont pas enfermés dans une cassette ou un coffre, mais rangées et répertoriées dans des cartons qui s’accumulent au fil des ans. Ce n’est pas de l’avarisme ou de l’harpagonnage de littérature mais un manque de place. Rassurez-vous, ils ne sont pas tous encavés. Bon nombre d’entre eux n’ont pas quitté l’appartement. Ils font partis du décor. Une décoration livresque que j’aime tripoter, triturer, consulter, reprendre partiellement ou en totalité. J’éprouve pour le livre un amour tactile qui dépasse le cadre de la lecture. C’est un tout. Une couverture. Un format. Une mise en page. Un corps d’imprimerie. Une traduction. Une bonne impression qui vous marque. Chaque livre à son histoire. L’histoire de son origine (prêt, cadeau achat). L’histoire du lieu. L’histoire du moment. Un moment particulier qui fusionne avec l’ouvrage. Je me souviens de la lecture « du maître de forges » pendant mes classes militaires dans un no man’s land enneigé ou je grelottais dans une guérite qui coupait l’accès du champ de tir aux véhicules civils qui ne passaient jamais. Ce jour-là j’ai partagé ma ration avec un moineau qui n’avait pas peur de mon suréquipement de bidasse. En mai 68 c’était une autre histoire et d’autres bestioles. « Des souris et des hommes » qui avec d’autres livres m’ont aidé à meubler les interminables nuits de veille d’une usine occupée. Certains livres ont totalement disparu de la circulation (l’escalier des autres, via mala, les pianos mécaniques, soldados) mais pas de ma mémoire. Une mémoire intacte qui le replace dans le contexte de leur époque. Des souvenirs précis et personnels. C’est le cas du « murmure de fantômes » qui pour moi, est pour toujours associée à la chambre d’hôpital ou l’éminent chirurgien qui m’avait opéré venait discuter le soir, de tout et de rien, c’est à dire de livres et de films.

pour en savoir plus sur les livres évoqués :

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