J’ai pas mal vadrouillé au cours de mon existence et je n’ai pas pu conserver tous les livres que j’ai lus et aimés. Heureusement d’ailleurs, car ma cave déborde d’empilages de cartons où sont rangés une partie des lectures de mes vingt dernières années. Quand je dis une partie, c’est que les bibliothèques et les proches m’ont alimenté en nouveautés, raretés, et  livres oubliés. Quelles que furent mes activités, et dieu sait que j’en ai eu pas mal, j’ai toujours trouvé le temps de lire. De lire de tout. Je ne suis pas sectaire et je me suis autant régalé avec un San Antonio qu’avec un Dumas, un Zola, ou un Hubert Bonnisseur de la Bath. Il y a des périodes et des moments qui privilégient les styles et les auteurs. On lit différemment quand on est au CM2, à la caserne, dans une pension de famille ou dans un palace des Grandes Canaries. L’esprit est différent. L’esprit critique bien entendu. Des critiques littéraires qui imposent leur dictat. Une dictature intellectuelle qui bannit tous ceux qui ont des goûts divergeant. C’est comme pour la bouffe. Chaque palais apprécie différemment le salé, le sucré, l’amer ou l’épicé. Mieux vaut préparer soit même son assaisonnement. Et encore ? On n’est jamais sûr du bon dosage tant que l’on n’a pas gouté. C’est pareil pour les livres. On ne peut pas porter un jugement avant de l’avoir lu. La lecture est un plaisir trop personnel pour se laisser imposer une opinion par les médias. N’empêche, qu’on peut passer à coté de petits bijoux d’écriture pour avoir boudé les louanges clonées des d’intellectuels du livre. Méa culpa. Je suis passé à côté d’Antonio Lobo Antunes, même si à l’époque du cul de Juda, je n’étais trop loin de lui géographiquement. Aujourd’hui je ne sais pas où il est, moi, par contre, je sais où je suis. Je suis sur le bassin d’Arcachon où mon épouse m’a ramené un livre neuf (je suis le premier lecteur, la fiche de la bibliothèque l’atteste) dont le contenu date des années soixante dix. Une plongée dans l’enfer Angolais d’une guerre dont je conserve quelques vagues souvenirs et un dessin abstrait offert par un artiste déserteur que j’ai récupéré à la frontière franco espagnole un soir de janvier 1972. Il venait du Portugal et avait traversé l’Espagne à pied pour fuir la conscription et  le régime Salazariste. Après un requinquant repas dans une auberge réputée, je l’abandonnais à la sortie de Bordeaux, sur la route d’un Paris qui n’étais pas gagné. Revenons au cul de Juda, qui malgré le titre, n’est pas un bouquin classé X. J’ai eu quelques réticences aux premières pages. C’était physique. Je manquais de souffle et d’entraînement pour plonger dans ce style littéraire que je ne pratiquais plus. C’est comme pour le vélo, ça ne s’oublie pas, et bien vite, je pouvais à nouveau lire une phrase d’une page sans avoir besoin de reprendre ma respiration. J’étais dans le rythme. J’étais dans la course. Une course pour le plaisir et non pour le résultat. Il n’y a pas de gagnants. Pas de perdants. Il n’y a que des oubliés.

GUY BUSQUETS

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Le livre :

A Lisbonne, une nuit, dans un bar, un homme parle à une femme. Ils boivent et l’homme raconte un cauchemar horrible et destructeur: son séjour comme médecin en Angola au fond du « cul de Judas », trou pourri, cerné par une guerre sale. Un humour grinçant sous-tend le long monologue du narrateur qui parle aussi d’un autre front : ses relations avec les femmes.

    

L’auteur :

Antonio Lobo Antunes est né en 1942 à Lisbonne dans une famille de médecins. Il s’oriente vers la psychiatrie, mais sa formation médicale lui vaudra de faire de 1971 à 1973 deux ans de services militaires en Angola où il s’efforcera de réparer les dégâts physiques et psychique d’une génération sacrifiée.

Peintre de la grandeur déchue du Portugal, Antonio Lobo Antunes raconte dans ses récits des histoires d’éternels rêveurs en rupture avec le réel et recherchant une consolation à leur misère.

Au fil des années il a construit une œuvre littéraire universelle et incomparable. Il est actuellement un des plus grands écrivains européen.

 

L’éditeur :

Editions Métailié. 20 rue des Grands Augustins 75006 paris.