La chronique de Guy Busquets est Publiée dans le gant et la plume*

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Je profite de l’été girondin pour exhumer des livres et des romans oubliés dans les rayonnages de la bibliothèque municipale de mon patelin, Une caverne d’Ali Baba littéraire. Une mine d’or d’ouvrages et d’auteurs méconnus qui font le bonheur de tous ceux, qui comme moi, aiment découvrir par eux même les livres et les auteurs que l’actualité littéraire a négligé de tapage médiatique. Quel rapport avec le gant et la plume ? La boxe, bien entendu. Entendu et lu. Lu d’une seule traite. Un trait de plume incisif et précis. Jérémie Guez doit forcément bien connaître le milieu (et les bords du ring) pour raconter avec autant de crédibilité la préparation et le déroulement du premier combat professionnel de Tony, personnage central de Balancé dans les cordes.  La boxe est présente mais pas essentielle. C’est la banlieue l’héroïne de ce roman noir. Tony est devenu boxeur comme un montagnard devient alpiniste ou moniteur de ski. Il aurait pu aussi être dealer. Deux activités à risques. Les risques du métier. Un métier en devenir. Il abandonne son bleu de mécanicien pour se consacrer exclusivement à la boxe. Pour Tony c’est plus qu’une profession. C’est une échappatoire à sa condition. Une condition inhumaine. La dureté de la banlieue explose ses rêves. Retour à la casse départ. Vengeances et règlements de comptes. Final prenant et surprenant. Un excellent roman que je conseille à tous les amoureux de boxe et de romans noirs. Deux passions qui ne sont pas incompatibles. 

 

 

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EXTRAIT.

            Ma mère dit que je ressemble à mon père. Elle est tombée enceinte de lui à 17 ans. Et puis il s’est barré et elle s’est retrouvée comme une conne avec moi. « Faire un gosse avec un gitan, qu’elle idée de merde ! » C’est ce que mon oncle m’a répété toute ma vie.         

         Je n’ai pas toujours habité ici. Jusqu’à mes 11 ans, je vivais dans un petit appartement dans le 10°arrondissement de Paris. Mais ma mère a perdu son travail et n’en a jamais retrouvé un. Mon oncle nous a pris en charge. Déménagement derrière la porte de la chapelle. Puis au nord d’Auber. Toujours au milieu des blocks. Le choc. Le premier jour d’école, là-bas, je suis rentré avec le nez en sang. Ma mère, abrutie par les médocs, se foutait que son fils prenne des trempes. En fait, avec le recul, je crois qu’elle ne s’en rendait même pas compte. J’avais beau être très grand pour mon âge, je me faisais systématiquement masser les joues par la bande de sales gosses du quartier. De vrais salopards qui jouaient déjà les caïds, issus d’authentiques familles de cas sociaux : pères en prison, frères obsédés par la fixette au point de braquer le tabac du coin avec une hache, mères et sœurs dont les semaines étaient rythmées par les visites au parloir. La zone pour de vrai, sans sas de décompression. Tous les soirs à chialer seul dans ma chambre, jusqu’à ce que mon oncle remarque, un jour, mon visage tuméfié. Il ne dit rien à ma mère et se contente de me glisser une petite tape à la joue en me murmurant à l’oreille : « Ça va aller bonhomme »  

         Le lendemain il me faisait enfiler un short et des baskets.       

  

Pour en savoir plus.

 http://www.amazon.fr/Balanc%C3%A9-dans-cordes-J%C3%A9r%C3%A9mie-Guez/dp/2354610211/ref=sr_1_2?s=books&ie=UTF8&qid=1438698366&sr=1-2&keywords=balanc%C3%A9+dans+les+cordes